Vos tags adversaires

Bien les construire, les exploiter, et déjouer les pièges statistiques qu'ils vous tendent.

Gandalf

Gandalf

Co-fondateur de Poker Sciences

Vos tags adversaires

Le chapitre précédent vous a montré la seule catégorisation que Poker Spin Tracker gère entièrement pour vous : fish ou reg. Les tags sont l'étape d'après : vos propres étiquettes, posées sur les adversaires de votre choix.

Les tags sont un outil très puissant mais aussi très piégeux. Un tag calculé par règle repose sur les stats individuelles d'adversaires que vous n'avez parfois croisés que dix mains. Les analyses groupées qui en découlent peuvent alors être complètement fausses, tout en paraissant solides.

Ce chapitre se lit donc en deux temps : d'abord construire et exploiter ses tags proprement, ensuite comprendre, chiffres à l'appui, les biais statistiques qu'ils peuvent fabriquer.

Des parchemins conservés dans une bibliothèque
Nous conservons ensuite toutes ces informations sur chaque joueur très précieusement.

Deux façons de tagger : à la main ou par règle

Le tag manuel

C'est le geste le plus simple : vous repérez un joueur, vous lui collez une étiquette. Le même menu à cocher est accessible, par exemple, depuis la page Joueurs, le HUD, le Replayer, la fiche joueur ou le récapitulatif d'import.

Vous y cochez les tags de votre choix, et l'entrée Nouveau tag permet d'en créer un à la volée, aussitôt assigné au joueur.

Le menu de tags ouvert sur un adversaire : les entrées Fish, Reg, Agressif et vpipsb, chacune précédée de son icône ou de sa pastille de couleur, deux d'entre elles cochées, puis les entrées Réinitialiser le tag et Nouveau tag.
Le même menu partout : on coche, on décoche, et Nouveau tag ouvre la création d'une nouvelle étiquette.

Un tag posé à la main porte la mention « manuel » dans la page Joueurs, et il est prioritaire : les recalculs automatiques ne le retirent jamais. C'est vous qui décidez, le moteur s'incline.

Le tag par règle

C'est la version automatique : vous définissez des conditions chiffrées (par exemple « PFR ≤ 15 % »), et le tag s'applique tout seul à chaque adversaire qui les respecte, sur l'ensemble de votre base.

Les assignations sont recalculées à trois moments :

  • à chaque import, pour les adversaires présents dans les mains importées ;
  • à la création ou modification d'une règle, pour ce tag sur toute la base ;
  • au clic sur Recalculer les stats dans la page Joueurs, qui refait une passe complète.

Comme pour le classement fish / reg, les rooms anonymisées (GG Poker) sont hors jeu : impossible de suivre un adversaire d'un tournoi à l'autre, donc aucun tag personnalisé ne peut lui être posé. Le menu est simplement désactivé pour ces joueurs.

L'onglet Tags

Tout se pilote depuis la page Joueurs, onglet Tags (la bascule en haut de page propose Joueurs, Tags, Alias et HUD). Vous y trouvez un tableau avec une ligne par tag :

L'onglet Tags de la page Joueurs : un tableau avec les colonnes Actif, Tag, Règles, Joueurs, CEV HU, CEV et Actions. On y voit les tags Agressif, Reg, vpipsb, Fish, puis Passif marqué « suggéré » et décoché, avec le résumé de leur règle, leur nombre de joueurs et le CEV de leurs porteurs. En bas, les boutons Réinitialiser tous les tags et Créer un tag.
L'onglet Tags : une ligne par tag, sa règle, ses porteurs et leur CEV.
ColonneContenu
ActifUne case à cocher pour activer ou masquer le tag
TagLa pastille de couleur et le nom
RèglesLe résumé lisible de la règle, ou « Manuel (aucune règle) »
JoueursLe nombre d'adversaires qui portent le tag
CEV HU / CEVLe CEV moyen des porteurs du tag eux-mêmes, en HU et au global

Les colonnes CEV méritent une seconde de lecture : elles n'affichent pas vos résultats contre ces joueurs, mais le CEV des joueurs taggés eux-mêmes, en jetons par tournoi, calculé sur les mains que vous avez jouées contre eux.

C'est votre baromètre de rentabilité d'une cohorte : plus le CEV des porteurs est négatif, plus le profil perd de jetons, et plus il est profitable à affronter.

Lisez pourtant ce chiffre avec méfiance : il est mesuré sur vos mains contre eux, et il hérite donc de tous les défauts du tag.

Un tag bâti sur de petits échantillons peut ne retenir que des adversaires qui vous ont pris des jetons sur deux ou trois mains : leur CEV ressortira excellent, alors qu'il ne dit rien de leur niveau réel. Et dans l'autre sens, un CEV très négatif peut n'être qu'un coup de chance de votre côté.

La seconde moitié du chapitre est consacrée à ce piège.

Trois familles de lignes cohabitent dans ce tableau :

  • Les tags par défaut : Fish, Reg et Unknown, ceux du chapitre précédent. Ils sont verrouillés : ni renommables, ni supprimables, et leur logique de classement reste celle de l'algorithme automatique.
  • Les tags suggérés : deux profils prêts à l'emploi, Passif et Agressif, marqués d'une pastille « suggéré » (détaillés juste après).
  • Vos tags personnalisés, éditables et supprimables via les icônes crayon et poubelle de chaque ligne.

Les deux tags suggérés

Le tracker vous propose d'office deux sous-profils de fish, calibrés sur un très large volume de données. Cocher leur case Actif suffit à les créer :

Tag suggéréRègle
PassifPFR ≤ 15 % (sur ≥ 8 opportunités)
AgressifVPIP ≥ 55 % et PFR ≥ 25 % (sur ≥ 8 opportunités)

Le fish Passif est nettement plus rentable à affronter que le fish moyen ; le fish Agressif, lui, l'est nettement moins. Savoir lequel est en face change donc réellement votre approche de la partie.

Vous pouvez modifier la règle d'un tag suggéré, mais le tracker vous préviendra : ces seuils sont les plus discriminants que nous ayons trouvés à ce jour sur nos données. Les retoucher est souvent une fausse bonne idée. Commencez par les utiliser tels quels.

Un archiviste présentant une étiquette Aggro
Rien n'échappe à nos archivistes, nous avons des étiquettes pour chaque profil de joueur.

Construire une règle de tag

Le panneau de création vous demande un nom, une couleur, et surtout des conditions, que vous ajoutez une par une et qui s'empilent en cartes. Cinq onglets organisent le travail :

Le panneau de création d'un tag : les onglets Stats générales, Précis, Volume, Stack effectif et Buy-in ; à gauche le catalogue de stats préflop (Call, Fold, PFR, VPIP, Limp, Open, Open shove, ISO, 3-bet…) ; à droite le périmètre de la condition (Format, Pot, Position, Vs) avec les positions 3-max et le bouton Ajouter la condition ; en bas le champ Nom et la palette de couleurs.
Le panneau de création : à gauche la stat, à droite son périmètre, en bas le nom et la couleur du tag.
OngletCe qu'il fait
Stats généralesPose une condition sur une stat du catalogue (VPIP, PFR, Limp, Open shove, 3-bet, C-bet…)
PrécisPose une condition sur une ligne d'action exacte que vous construisez street par street
VolumePose une condition sur le nombre de mains jouées contre le joueur
Stack effectifRestreint toute la règle à une fourchette de tapis (en bb)
Buy-inRestreint toute la règle aux buy-ins de votre choix

Les trois premiers onglets posent des conditions ; les deux derniers ne posent rien, ils restreignent la fenêtre de mesure de toutes les conditions à la fois.

Une règle « Open shove BTN > 10 % » restreinte aux stacks 20 bb+ ne mesure ce taux que sur les mains où le tapis effectif dépassait 20 bb.

L'onglet Stats générales, votre point de départ

Le catalogue regroupe près de 70 stats : tout le préflop (VPIP, PFR, Limp, Open shove, ISO, 3-bet, et toutes les réactions Fold vs / Call vs), l'agression postflop (C-bet, 2-barrel, donk, probe, stab…), la défense postflop (fold, call ou raise face à chaque type de mise) et l'abattage (WWSF, WTSD, W$SD).

Chaque condition porte en plus son propre périmètre, réglable dans la colonne de droite :

  • Format : 3-max, Heads-up, ou les deux ;
  • Positions : BTN, SB, BB, et leurs déclinaisons face à chaque adversaire ;
  • Type de pot (pour les stats postflop) : raise pot, limp pot, ISO pot, 3-bet pot ;
  • Vs : mesurer la stat contre tout le monde, contre vous seulement, ou contre les porteurs d'un autre tag.

Une fois la condition posée, sa carte vous laisse régler trois choses : l'opérateur (>, ≥, <, ≤ ou « entre »), le seuil en pourcentage, et le plancher d'échantillon « sur ≥ N opportunités ». Nous reviendrons longuement sur ce dernier réglage : c'est lui qui sépare un tag fiable d'un tag mensonger.

L'onglet Précis, pour les lignes exactes

Quand aucune stat du catalogue ne correspond, vous construisez la séquence d'actions vous-même, street par street, avec des jokers « ? » pour les actions indifférentes. La dernière action de la ligne est celle qu'on mesure : « limp puis fold face à un ISO », « check-raise river », etc.

C'est le même constructeur que le filtre Ligne d'actions de la Review, détaillé dans le chapitre Le panneau Filtre : si vous savez vous en servir là-bas, vous savez construire un tag Précis.

Combiner les conditions

Dès que la règle compte deux conditions, un sélecteur « Le joueur doit respecter » apparaît : Toutes les conditions (ET) ou Au moins une condition (OU). Une règle peut en cumuler jusqu'à dix, mais vous verrez plus bas qu'une bonne règle en compte rarement plus de deux ou trois.

Le sélecteur « Le joueur doit respecter » du panneau de création, avec les deux choix Toutes les conditions et Au moins une condition, le premier étant sélectionné.
Le sélecteur apparaît dès la deuxième condition : ET ou OU, pour toute la règle.

Exemple guidé : le tag « Sur-foldeur vs shove ». Onglet Stats générales, stat Fold vs OS (fold face à un open shove), condition > 60 % sur ≥ 8 opportunités. Ajoutez une condition Volume ≥ 50 mains en ET, choisissez un nom et une couleur, validez.

Vous obtenez la liste des habitués qui foldent trop face aux tapis : contre eux, open-shovez plus large, notamment depuis la SB.

Où vos tags travaillent ensuite

Créer un tag ne suffit pas : il devient vraiment utile lorsque vous l'utilisez pour regrouper des joueurs et filtrer vos analyses.

SurfaceCe que le tag y permet
Page JoueursFiltrer la liste par tags (plusieurs tags cochés = intersection)
HUDPastilles de couleur avant le pseudo, tag modifiable au clic, et stats mesurables « vs tag »
ReplayerBadges sur chaque adversaire, cliquables pour retagger à la volée
ReviewTrois filtres adversaire, détaillés ci-dessous
Tableau de bordDécrire la composition de la table (qui est à votre gauche, à votre droite, en HU) et ne garder que les tournois qui y correspondent
Leak FinderÉtudier les ranges et stats d'une cohorte entière de joueurs taggés
Alias évolutifsConstituer automatiquement un groupe à partir d'un tag

Faites attention au filtre vs un Tag

Partout où le tracker propose un filtre « vs » (« vs Fish », « vs Reg » ou « vs [votre tag] »), il ne veut pas dire « un porteur du tag était assis à la table ». Il ne garde que les mains où l'adversaire actif porte ce tag : le joueur que le tracker retient pour la situation, selon les positions et l'action.

Exemple : vous êtes en BB face à un open du BTN, Villain123 en SB a fold. « Vs Fish » ne retient cette main que si le BTN est un fish. Que Villain123 soit fish ou reg ne compte pas, il a quitté le coup.

Détail qui surprend : dans ces filtres, « vs Reg » vous inclut vous-même. Quand le tracker mesure comment un adversaire joue « contre les regs », vous comptez comme l'un d'eux : vous êtes un reg de votre pool.

Utile : définir les joueurs à table

Dans le panneau de filtres du tableau de bord, l'onglet Adversaires contient le bloc Joueurs à table : vous y décrivez une composition, emplacement par emplacement. L'adversaire à gauche de hero, celui à droite, et l'adversaire du HU. La Review propose le même bloc, sous le nom Adversaire du spin.

Dans chaque emplacement, vous cochez un ou plusieurs tags, ou même un joueur précis.

L'onglet Adversaires du panneau de filtres du tableau de bord : en haut le Point de vue (par tag, réglé sur Hero par défaut, ou par pseudo) ; en dessous le bloc Joueurs à table, avec pour le 3-max un menu Reg à gauche de hero et un menu Fish à droite de hero, et pour le heads-up un menu Vs tous ; en bas le bouton Ajouter un cas.
Le bloc Joueurs à table : ici les tournois où un reg est à gauche de hero et un fish à sa droite.

C'est ce filtre qui répond aux questions de composition :

Mes résultats quand les deux adversaires sont des fish

Ou encore :

Quand un reg est à ma gauche

Le mode CEV par profil du tableau de bord repose sur la même logique, et nous y reviendrons dans son propre chapitre.

Le cas particulier de la Review

La Review expose trois filtres possibles. Voici ce qu'ils permettent de faire :

  • Type d'adversaire : le filtre intelligent « vs », qui cible l'adversaire pertinent de chaque main.
  • Joueur présent à la table : la présence brute, sans notion de position ni de rôle dans le coup.
  • Adversaire du spin : recherche une composition précise, par exemple un reg à gauche de hero et un fish à sa droite.
L'onglet Adversaire du panneau de filtres de la Review : la rangée Type d'adversaire avec les boutons vs Tous, vs Fish, vs Reg, vs Agressif et vs vpipsb ; en dessous le champ « … ou un joueur précis », puis le champ Joueur présent à la table, et enfin le bloc Adversaire du spin avec ses colonnes 3-max et Heads-up.
Les trois filtres adversaire de la Review, dans le même onglet : le type d'adversaire, la présence brute, et la composition du spin.
Un archiviste embarrassé face à l'avis de recherche d'un joueur classé Huge Fish.
Hum hum...

Le piège fondamental : des adversaires croisés dix mains

Les tags calculés reposent sur les stats individuelles de chaque adversaire, mesurées uniquement sur les mains que vous avez jouées contre lui. En Spin, cet échantillon est souvent minuscule : une dizaine de mains pour la plupart des joueurs.

À ce volume, un VPIP ou un taux de 3-bet reflète surtout le hasard. Avec le réglage « sur ≥ N opportunités » laissé à 1, un joueur qui 3-bet sa seule occasion peut déjà être classé agressif. Augmentez ce plancher avant de faire confiance au tag.

Et il y a plus vicieux : la régression vers la moyenne

Prenez un tag « VPIP ≥ 55 % » calculé sur une dizaine de mains. Qui tombe dedans ?

Les vrais joueurs loose, bien sûr. Mais aussi tous les joueurs ordinaires qui ont simplement reçu de bonnes cartes pendant ces dix mains. Et comme les joueurs ordinaires sont beaucoup plus nombreux dans le pool, ils finissent majoritaires dans votre cohorte.

Dans l'autre sens, le joueur réellement loose qui a reçu dix mains injouables passe à travers le filtre et n'y entre jamais.

Résultat : votre cohorte « VPIP ≥ 55 % » joue en réalité nettement moins de 55 % des mains. Le seuil que vous avez fixé n'est pas le niveau réel du groupe, c'est le sommet d'une vague de hasard.

Un ajustement calibré sur le chiffre affiché sera donc trop violent par rapport à ce que ces joueurs font vraiment.

Un tag par règle n'est fiable que si vous exigez l'échantillon : montez le « sur ≥ N opportunités », ajoutez une condition Volume. Sans plancher, vous taggez du bruit.

Un archiviste lève un doigt pour avertir des pièges de cette classification.
Mais faites très attention : cette classification recèle de nombreux pièges.

Le biais qui fabrique de la fausse chance

Voici maintenant le piège le plus sournois des tags, celui qui justifie à lui seul cette seconde moitié de chapitre. Imaginez : vous activez le tag Agressif, puis vous filtrez votre tableau de bord sur les spins où un adversaire porte ce tag. Vous découvrez alors :

Ma courbe de chips est très au-dessus de mon CEV, et le badge Run Luck me dit que j'ai eu beaucoup de chance. Je gagne mes flips contre les agressifs !

Le tableau de bord filtré sur les spins où un adversaire est taggé Agressif : 804 tournois, un CEV de 42 jetons, et un graphique où les courbes de jetons gagnés (verte) et de jetons au showdown (bleue) montent bien au-dessus de la courbe d'EV en jetons (orange). Le badge Run Luck affiche « Divine, top 0,4 % ».
Le même filtre chez tout le monde donne la même image : les jetons gagnés décollent de l'EV, et le badge Run Luck s'emballe.

Non. Tous les utilisateurs du tracker voient la même chose avec ce filtre, quelle que soit leur vraie chance. Ce n'est ni un bug du CEV, ni un problème de filtre : les deux courbes sortent exactement des mêmes mains. C'est un biais de sélection, et il vaut la peine d'être compris pas à pas.

Le mécanisme, en trois temps

  1. Quand un adversaire affiche-t-il un VPIP, un PFR ou un % d'open shove élevés sous vos yeux ? Surtout en heads-up, où tout le monde joue beaucoup plus large, et quand les tapis sont courts, en mode push/fold. Ses stats observées explosent dans ces phases-là.
  2. Or vous n'atteignez le HU d'un Spin que si vous avez survécu au 3-max, très souvent en gagnant votre flip. Les longues phases de HU, celles qui gonflent les stats agressives de vos adversaires, appartiennent aux tournois où vous avez déjà accumulé des jetons.
  3. Le tag étant calculé sur ces mêmes mains, filtrer « vs joueurs observés agressifs » revient en grande partie à sélectionner les tournois où vous avez gagné vos all-ins. La courbe de chips décolle du CEV par construction.

Nous avons mesuré cet écart entre chips gagnés et CEV, tournoi par tournoi, sur une base de test de plusieurs dizaines de milliers de spins :

Composition filtréeÉcart moyen entre chips gagnés et CEV
Aucun filtre (base entière)≈ 0 : le CEV est sain
Les 2 adversaires taggés Fish≈ 0 : aucun biais
Les 2 adversaires taggés Agressif≈ +5 jetons de « chance » fantôme

Et la preuve que le coupable est bien le petit échantillon : le biais est massif quand le tag repose sur peu de mains, et il disparaît complètement quand les adversaires taggés ont un vrai historique.

Historique des adversaires taggésÉcart entre chips gagnés et CEV
Moins de 20 mains≈ +13 jetons
De 20 à 49 mains≈ +11 jetons
De 50 à 199 mains≈ +4 jetons
200 mains et plus≈ 0 : le biais disparaît

Le même mécanisme joue en sens inverse pour les profils passifs. Un adversaire vous paraît passif surtout quand vous le voyez peu jouer, donc pendant les phases profondes du 3-max : celles où les trois tapis sont encore proches et où personne n'a pris l'avantage.

Filtrer « vs passifs » revient donc à sélectionner les tournois où vous n'avez jamais pris le contrôle des jetons, souvent ceux où vous avez été éliminé tôt. La courbe de chips passe cette fois sous le CEV : fausse malchance.

Ce biais ne se corrige pas en « ajustant » le CEV, et il ne disparaît pas non plus avec un tag posé à la main : si vous taggez « agressif » les joueurs que vous avez vus relancer sans arrêt, votre œil opère exactement la même sélection que la règle. Le badge Run Luck lui-même sera trompé : il mesure honnêtement un échantillon malhonnêtement choisi.

Ce piège n'est qu'un exemple. La mécanique qui le produit (des stats mesurées joueur par joueur sur peu de mains, puis lues à l'échelle d'un groupe) en fabrique plusieurs autres, plus discrets. Les voici.

Les autres biais des tags calculés joueur par joueur

Trois autres pièges, à connaître avant toute analyse par cohorte.

Le contexte d'observation change tout

Par défaut, une condition agrège tous les formats et toutes les positions. Deux joueurs au même VPIP mesuré peuvent être très différents : un joueur serré que vous n'avez croisé qu'en HU, et un joueur réellement loose vu en 3-max. Le premier n'est pas agressif, il a juste été observé dans un contexte où tout le monde l'est.

C'est exactement pour ça que le périmètre par condition existe : bornez le format, la position et le stack effectif quand la stat en dépend.

Le tag actuel s'applique à tout l'historique

Un tag n'est pas enregistré main par main. Il est attaché au joueur selon les informations disponibles aujourd'hui, puis appliqué à toutes vos mains contre lui, même lorsqu'il jouait différemment à l'époque.

Votre analyse porte donc sur les joueurs actuellement classés dans ce profil. Si de nouveaux imports font changer leur tag, les anciennes mains incluses dans le filtre changeront elles aussi.

Le volume sélectionne des regs

Exiger 200 mains d'historique élimine le biais de sélection, mais crée un autre effet : ne restent que les habitués de vos limites, structurellement plus regs que le field. Une cohorte à gros volume ne représente plus votre pool moyen : elle représente ses joueurs les plus assidus.

Aucun de ces biais n'est un défaut du tracker : ce sont les limites mathématiques de stats individuelles à petit échantillon. Le tracker vous donne les garde-fous. C'est à la construction du tag de les utiliser.

Les bonnes pratiques pour créer un tag

Tout ce qui précède se condense en une courte liste de réflexes :

  1. Exigez un échantillon, sur les deux plans. Les deux réglages ne mesurent pas la même chose (voir juste en dessous) : montez le « sur ≥ N opportunités » de chaque condition à 8 au minimum, comme les tags suggérés, et ajoutez une condition Volume ≥ 50 mains dès que le tag servira à une lecture fine.
  2. Préférez les stats stables aux stats de phase de jeu. Le limp et le PFR décrivent un joueur. Le % d'open shove ou d'all-in décrit surtout son stack du moment. Si vous utilisez une stat de phase, bornez le stack effectif et la position pour comparer du comparable.
  3. Restez sobre : deux ou trois conditions maximum. Une règle simple se comprend, se vérifie et se corrige. Une règle à huit conditions est un tag que vous ne saurez plus relire dans un mois.
  4. Partez des deux tags suggérés. Passif et Agressif sont calibrés sur un large volume : activez-les, observez-les, et ne créez vos propres variantes qu'ensuite.

Opportunités et volume, ce n'est pas la même chose

Le « sur ≥ N opportunités » compte les occasions de mesurer cette stat précise. Un joueur peut avoir 300 mains d'historique contre vous sans avoir presque jamais eu à répondre à un open shove : son « Fold vs OS » repose alors sur deux ou trois occasions, et la condition ne veut plus dire grand-chose.

La condition Volume, elle, compte les mains jouées contre vous, tous spots confondus. C'est la profondeur générale de votre historique sur ce joueur.

Les deux planchers sont donc nécessaires : le premier garantit que la stat a vraiment été mesurée, le second que le joueur est réellement connu de votre base.

Le meilleur test d'un tag : sauriez-vous dire en une phrase ce que vous ferez différemment contre ses porteurs ? Si la réponse est floue, le tag est inutile.

Tags ou profils Fish / Reg : que regarder pour quoi ?

Résumons en distinguant trois usages, car la réponse n'est pas la même pour chacun.

Pour agir en jeu : leur meilleur terrain

C'est là que les tags sont imbattables. Une pastille « Passif » ou « Sur-foldeur vs shove » dans le HUD ou le Replayer, c'est une décision plus rapide et mieux informée, sans aucun risque statistique : vous exploitez une tendance probable, pas une certitude, et c'est tout ce qu'on demande à une lecture in-game.

Pour étudier des comportements : oui, avec les garde-fous

Étudier les ranges ou les stats d'une cohorte taggée dans le Leak Finder est un usage sain, à deux conditions principales :

  • un plancher d'échantillon sérieux, sur les opportunités comme sur le volume.
  • se rappeler que le groupe est moins extrême que son seuil. Une cohorte « VPIP ≥ 55 % » joue en réalité moins de 55 % des mains : calibrez l'exploit un cran en dessous de ce que le chiffre annonce.

Pour les grandes lectures de pool, les stats agrégées vs Fish restent votre référence la plus solide : la cohorte est énorme, stable, et vos ranges exploitantes sont déjà construites contre elle.

Pour juger vos résultats : tenez-vous-en aux profils Fish / Reg

Courbes de gains, CEV, chance : dès qu'il s'agit de résultats, filtrez par les profils par défaut, comme au chapitre Résultats par profil. Nos mesures le montrent : le filtre « vs 2 Fish » n'introduit aucun écart entre chips et CEV, quand les tags construits sur des stats d'agressivité fabriquent de la fausse chance.

La différence tient à la nature du critère : le classement fish / reg repose sur un trait stable (le limp au BTN, avec un seuil de 50 mains), pas sur une stat qui varie avec la phase du tournoi.

Les tags sont une loupe sur qui est en face et comment il joue. Ce n'est pas un juge de combien vous gagnez : pour ça, restez sur Fish / Reg.

Ce qu'il faut retenir

Deux façons de tagger : à la main, ou par une règle chiffrée qui s'applique toute seule.

Tout se gère dans la page Joueurs, onglet Tags : les tags par défaut, les deux tags suggérés (Passif et Agressif), et les vôtres.

Une règle, c'est une condition (une stat, un seuil) et un périmètre (format, position, stack…).

Exigez toujours un échantillon. En Spin, vous ne croisez la plupart de vos adversaires qu'une dizaine de mains : sans plancher, un tag ne mesure que du hasard.

Un tag fragile fabrique des biais, et il y en a beaucoup. Méfiez-vous de tout ce que vous lisez sur une cohorte taggée.

La règle d'or : les tags pour jouer, les profils Fish / Reg pour juger vos résultats.

Vue de Frostgard, principale cité fortifiée des Royaumes du Nord, entourée de montagnes enneigées.
Frostgard, cité principale des Royaumes du Nord (survolez pour en savoir plus)
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